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Grandissant au pied des Pyrénées, mon père et mon grand père m’initiaient parfois le week-end aux activités agricoles vivrières, il y avait entre autre la vigne. Oh, ce n’était pas du grand vin mais plutôt le vin de tous les jours, pas celui qu’on intellectualise, mais plutôt celui qu’on boit tout simplement en mangeant.  

Malgré tout, la famille toute entière se battait pour imposer son avis sur le jus fermenté, tout prétexte étant bon à boire un coup en mimant devant deux ou trois vieilles barriques, la sacrosainte dégustation. Ces images hantent ma mémoire, car par la suite, le vin et la vigne ont disparu de mon quotidien jusqu’au milieu de mes études d’ingénieur en agriculture à l’ESA d’Angers quand Frédérique Jourjon, nouvelle arrivée dans cette institution, alors enseignant la viticulture et l’œnologie nous offrit le choix de nous spécialiser. Je l’en remercie.

Quelle ne fut pas ma joie, quitter veaux, poules, cochons ainsi que toute logique productiviste en vogue à l’époque dans l’enseignement agricole pour m’adonner à ce geste primitif : faire du vin. Oui, primitif car quasiment instinctif, imaginez la chance du technicien qui peut utiliser un de ses sens le plus intime, le goût, pour créer un produit d’une noblesse infinie.

Cela me convenait, et c’est ainsi que je terminais en 1994 mes études à Toulouse pour passer mon Diplôme National d’Œnologie. A ce moment là, je fis rapidement la rencontre de gens qui ont contribué à former ma vision du vin. Tout d’abord, un petit passage rapide  de six mois en Colombie Britannique lors d’un stage pour travailler sur la typicité aromatique du Pinot Noir fonction du mode de conduite de la vigne,  avec Andy Reynolds, chercheur passionné.

Puis vint Christiane Barrère épaulée d’Emmanuel Vinsonneau, en 1993 lors d’un mémoire de fin d’études à l’Institut Technique de la Vigne et du Vin de Blanquefort (33). Comment cette basquaise de caractère pouvait s’imposer dans ce milieu machiste par l’amour de son métier : elle conduisait toute sorte d’expérimentation au service des professionnels avec une rigueur telle que ses essais étaient réellement de sacrés pinards ! Francs, expressifs, aromatiques, aucun défaut, il était alors facile d’en tirer des conclusions évidentes sur l’influence de tel ou tel paramètre œnologique ou viticole. Par la suite, je n’ai jamais rencontré de station oenologique aussi bien tenue mais trop souvent des résultats soit à la merci du hasard  ou de la mauvaise foi d’un expérimentateur sous influence.

Est venu le temps de mon objection de conscience à l’Institut National de la Recherche Agronomique de Pech Rouge. Deux ans de rêve en compagnie de légendes de l’œnologie : Michel Moutounet tout d’abord et son ouverture d’esprit alliant la science de l’observation à celle de l’expérimentation, à qui je dois ce séjour fructueux. Il m’a initié à la passion pour l’innovation mais aussi à l’humilité devant la complexité du vin. Jean Louis Escudier et Bernard Saint Pierre ainsi que toute l’équipe de Pech Rouge, chercheurs au service d’une oenologie industrielle vitale pour une certaine partie, pas la plus noble mais la plus humble, de la filière viticole. J’y ai passé deux ans à travailler sur l’électrodialyse et la micro-oxygénation, pratiquant l’expérimentation dans de prestigieuses maisons comme Moêt et Chandon à Epernay, ainsi que Pernod Cusenier, à Thuir sur les Apéritifs à Base de Vin (le fameux Byhrr).

Rentrant dans mon Sud Ouest natal, mon premier emploi commence chez la star de Madiran, Alain Brumont. Deux ans et demi, d’apprentissage : du travail de la barrique jusqu’à la mise en bouteille en passant par les vendanges. Tout à l’énergie, mais quelle énergie ! L’apprentissage au pied de la lettre, rien à redire, l’autonomie comme maître mot.

Après cette épreuve formatrice, retour chez le voisin, Patrick Ducournau, inventeur de la micro-oxygénation déjà associé à Thierry Lemaire à la tête d’Oenodev (3 salariés en 1997). Là, un chantier immense s’offre à nous : repenser l’élevage du vin, rien que ça ! Après onze ans de bons et loyaux services, Oenodev et Boisé France associés à Sferis totalisent quarante employés avec des filiales, la route est belle. J’y ai vu et bu beaucoup, appris aussi, côtoyé du monde, du beau comme on dit, au final aucun regret, ça ne se présente pas deux fois dans la vie d’un homme ce genre d’aventure. Je n’oublierai jamais le combat mené pour imposer outils et techniques alors avant-gardistes qu’aucun ne pensait un jour voir usités aux quatre coins du monde. Des journées entières à expérimenter, développer, tester, convaincre, analyser pour au bout du compte ne jamais perdre la cible : faire du vin.

Cela reste ma veine : tailler, traiter, attendre, récolter et vinifier, pour que jamais cela ne s’arrête avec l’ivresse de ce cycle toujours recommencé.